Bonjour à tous!
D'abord, merci à tous ceux qui ont continué à visiter cette page même lorsque je ne n'y étais plus. Si cette page avait reçu trois ou quatre visiteurs depuis mon départ je ne crois pas que je l'aurais reprise...
Aujourd'hui je transcris ici un extrait d'une réplique envoyée aujourd'hui à un collègue universitaire qui affirme sur une liste de discussion qu'il est absurde de conjuguer "rentabilité" et "éthique" dans une même phrase...
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Permettez-moi d'intervenir: je ne crois vraiment pas que rentabilité et éthique
soient des concepts incompatibles. M. Laflamme affirme que l'entreprise privée:
"se doit de faire tout en son pouvoir pour maximiser ces dit profits, que ce
soit bien ou mal pour le reste de la société ou
l'environnement". Ceci était particulièrement vrai lorsque la société ne se
souciait que peu de questions éthiques elle-même. Dans une société en évolution
où les considérations éthiques, sociales et environnementales prennent de plus
en plus d'importance, cette affirmation est de plus en plus eronnée.
De façon tout-à-fait spontanée je peux y voir 3 raisons; 3 phénomènes qui font
que l'éthique est de plus en plus compatible avec la rentabilité. D'abord les
acteurs externes à l'entreprise (consommateurs, investisseurs) font de plus en
plus de pressions pour que ces premières se conforment à plusieurs règles
éthiques. Bien sûr ces forces sont en compétition avec les forces du marché; je
pense entres autres au dossier de l'île René-Levasseur où les syndicats et les
patrons s'opposent de concert à la protection d'une ressource naturelle unique.
Rien n'est jamais simple lorsqu'on parle d'éthique (puisque c'est une notion
qui pour plusieurs semble subjective) mais une tendance lourde s'observe; dans
notre société de communication, il est de plus en plus payant pour les
entreprises de prendre en considération les questions d'éthique.
Deuxièmement, sachez que les pdg de demain sont formés dans le même système
d'éducation que vous; ils sont davantage sensibilisés qu'ils l'étaient
auparavant. L'éthique est à l'ordre du jour de presque tous les cours
d'administration et pas seulement pour faire joli; certaines réflexions
rivalisent en pertinence avec celles qui nous sont offertes en lettre et
sciences humaines (et oui, il y a des intellectuels et des passionnés également
dans les facultés d'administration). Certaines des plus grandes critiques de
notre système économique actuel proviennent des facultés d'administration; je
pense à Mintzberg, à Aktouf, à Stiglitz (et à de nombreux professeurs de
l'Université de Sherbrooke et de l'Université Laval que j'ai eu la chance de
côtoyer).
Troisièmement, même dans une situation où la direction de l'entreprise n'a rien
à cirer de l'éthique et que le marché ou la société ne lui demande pas de s'y
conformer, de plus en plus d'employés et de consultants performants désirent
travailler dans des entreprises où l'éthique est de mise et où on considère les
questions sociales et environnementales. En administration, l'enjeu du futur
est le recrutement de ressources humaines performantes. Ces "ressources
humaines" proviennent de la même société que vous et ont les mêmes
préoccupations. Ceci a une grande influence également sur les entreprises; les
pressions pour faire correspondre éthique et rentabilité ne proviennent pas que
de l'extérieur (vous avez sûrement vu le documentaire "Corporation", dans
lequel le PDG de la multinationale Interface parle de l'influence interne qui
l'a en partie mené mais surtout l'a aidé à soutenir son virage vert).
Je ne crois donc pas qu'il soit loufoque de parler de rentabilité et d'éthique
dans la même phrase puisque de nombreuses pressions nous poussent de plus en
plus vers une économie de marché soucieuse de conjuguer ces deux concepts. Nous
ne pouvons pas nous permettre d'ignorer ces tendances lourdes même si nous
sommes insatisfaits de la vitesse à laquelle les mentalités s'implantent et les
changements se font (j'en suis également insatisfait)...

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